ACCUEIL LA REVUE Éditoriaux Vol. 18 -- LE PSYCHOTHÉRAPEUTE FACE AUX CRISES

LE PSYCHOTHÉRAPEUTE FACE AUX CRISES

 

À l’époque actuelle où tout le monde parle de crise, nous avons pensé partager avec vous une vision des crises psychiques.

Dans cette revue du printemps 2014, nous innovons totalement par la présentation en couleurs de dessins d'enfants en souffrance, dans le premier texte écrit par Virginie Plennevaux et Stéphanie Garbar. Elles retracent cinq années d'expérience clinique d'un travail de groupe original avec des enfants vivant une séparation conflictuelle de leurs parents. Ces enfants, en grande souffrance psychique, développent des mécanismes de défense spécifiques les aidant à lutter contre les angoisses qu’ils ressentent suite aux conflits très graves et violents qui divisent leurs parents.
Le groupe constitue, semble-t-il, un moi-auxiliaire qui compense les systèmes défensifs mis en place contre l’anéantissement des enfants concernés.
Quand des enfants d’une même fratrie énoncent que : « Une semaine, on prépare la guerre, l’autre, on la fait », le lecteur aura compris combien les enfants sont utilisés comme arme de guerre par des parents se trouvant dans l’incapacité de reconnaitre leur propre souffrance et celle de leurs enfants.
Les auteures de cet article passionnant nous partagent leurs réflexions et toute la profondeur de leur travail de groupe avec ces enfants démunis,
victimes de violences parentales dissociatives pour leur édification psychique.
Ce très bel apport écrit, complété par des dessins, présente un outil de travail plein d’espoir pour le devenir de ces enfants sacrifiés.

Dans son exposé fouillé à propos des « Crises et institution de soins », Luc Laurent nous fait découvrir les arcanes du fonctionnement interne d’un institut médico-pédagogique de grande taille tout au long de ses quarante années de pratique clinique et d’évolution institutionnelle.
Ce document nous permet d’avoir une vue globale d’une grande institution et d’entrevoir la place qu’y occupe le psychanalyste en constant questionnement.
Il y existe un esprit de famille, dû à la fondatrice de l’institution, et que Luc Laurent souligne de façon permanente, tout en analysant les crises institutionnelles se suivant selon un cycle immuable.
Il nous dépeint, avec finesse et nuances, le portrait vivant de ce lieu d’accueil en insistant sur le fait que : « nous devons sauvegarder un héritage
tout en évoluant ».
Ce qui est attachant dans cet écrit, c’est le ton mesuré et apaisant de Luc Laurent, qui apporte un éclairage positif dans notre société en mutation.

Ensuite, Marianne Dalmans décrit en des mots percutants le passage insidieux de la société non-marchande défendant des combats collectifs vitaux, à la société néolibérale actuelle, exemplaire d’un harcèlement moral plus global, « justifié » par le rendement.
Elle tisse une fine analyse du système mis en place avec un glissement lent et dangereux des idéaux sociaux de l’après-guerre vers celui d’un contrôle social dur, voire agressif. Nous sommes passés de l’« État Providence » à l’« État social actif », issu de l’idéologie néolibérale d’aujourd’hui.
« Les objectifs d’aide » se sont transformés à la fin des années 90 vers « l’activation » des usagers en difficultés majeures par des travailleurs sociaux contrôlés par une hiérarchie managériale digne des entreprises, où la productivité et la rentabilité constituent l’idéologie dominante.
Comment aider quelqu’un si l’on est soi-même écrasé par un système à la dérive ? Où sont passés les idéaux qui sous-tendent le secteur psychomédico-social ? Même le mot « gérer» est sur toutes les lèvres à titre individuel.
Le sens du collectif est à l’agonie, et Marianne Dalmans nous le démontre avec force en reprenant un à un les facteurs qui amènent les travailleurs sociaux dans la souffrance et une perte du sens de leur engagement viscéral et plein d’humanité.
Son texte est interpellant par sa clarté et son élaboration donnant une vision globale d’un monde où la reconnaissance des droits élémentaires de l’homme est en péril.

Brigitte Dohmen poursuit en évoquant « Le harcèlement moral entre pairs. » Elle nous livre ici une vision fouillée de la personnalité et du modus operandi des harceleurs, en étayant son propos de situations cliniques de harcèlement entre psys.
L’auteure nous décrit les visages masqués de ces collègues œuvrant dans la relation d’aide où le psychisme est mis à la disposition de l’aidé. Ces professionnels, de bonne réputation par ailleurs, peuvent, au sein de leur propre équipe, aller jusqu’à une véritable mise à mort organisée d’un de leurs pairs. Ils agissent au niveau de l’indicible, celui que l’on ne repère pas d’emblée, ni en cours de route, tant il s’avère subtil et sournois, en aliénant les autres comme spectateurs indifférents sinon complices ou rieurs.
C’est la perversité narcissique, dénuée de culpabilité et de remord, désaffectivée, opératoire.
Il faudra l’épuisement et l’effondrement du harcelé, pour qu’en coulisses, les manœuvres dilatoires s’éclairent enfin.
Cet écrit de qualité nous rappelle combien ce secteur est vulnérable et sans défenses s’il ne se fait pas aider par un tiers, externe à l’institution.

Nous poursuivons la lecture de la revue par l’article de Danièle Deschamps qui nous parle avec subtilité de l’intime du sujet alors que tout s’expose aujourd’hui.
Cette psychanalyste évoque une patiente en mal de contenant à l’égard de ses deux petites filles, ce qui la ramène à l’exposition parentale impudique qu’elle a vécue enfant et qu’elle éprouve à nouveau avec l’attitude et les confidences de son père, hospitalisé.
Ensuite, après un passage de supervision d’Antonino Ferro, l’auteure aborde la maladie de Remy Droz, professeur de psychologie en Suisse, et qui a écrit Mon cerveau farceur. Il nous livre ses questions face à son épreuve, dont la prise de conscience que son inconscient le trahira et que son masque tombera. Rémy Droz se situe loin des bonnes idées des bien-portants qui lui suggèrent de « tenter de faire une expérience enrichissante » de sa maladie. Sa réalité à lui, c’est sa rencontre, un matin, avec Sa mort. Il a gardé leur entretien pour lui, tout en nous révélant que Sa mort lui a accordé un sursis généreux. Ce témoignage est extrêmement émouvant, parlant peut-être encore d’avantage à ceux qui vivent ce sursis.
Elle évoque enfin un très beau passage issu d’un film où une jeune femme arabe, d’un pays occupé, en guerre, parle d’elle à son mari inconscient, gravement blessé, et où elle se révèle à elle-même ce qu’elle n’a jamais dit. Par sa propre parole, elle espère la guérison de son enfermement. Cette place d’écoute silencieuse peut être aussi celle des soignants qui font l’expérience de l’intime s’ils l’acceptent comme un cadeau imprévisible et magique qui les engage corps et âme jusqu’au moment du grand passage…

Par « Joyce McDougall, de l’inspiration pour sortir d’une impasse », Marie-Pierre Sicard Devillard nous transporte, pour le dernier article de cette revue, vers la formidable ouverture apportée par la grande psychanalyste Joyce McDougall pour le travail avec des patients anti-analysants, ceux-là même qui nous font souffrir parce qu’ils refusent l’expérience de mutation que constitue l’analyse qu’ilsont eux-mêmes entreprise.
Par ses lectures des textes de Joyce McDougall, l’auteure nous fait réfléchir à notre inertie et à notre découragement face à des patients coléreux et plaintifs, car tout désir est mortifère pour eux.
Comment sortir de cette impasse désespérante ? Une hypothèse est de reconnaitre cette autre façon de penser que ces analysants ont et tentent de nous faire partager. Cette écoute active et structurante qu’ils nous demandent et attendent de nous peut amener chez eux un changement et une ouverture dans leur positionnement subjectif.
Ce bel article termine la découverte de notre 18ème revue de ce printemps 2014.

Bonne lecture,

Anne Chotteau

 

 

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