ACCUEIL LA REVUE Éditoriaux Vol 10 2006 -- LA PSYCHOTHÉRAPIE AU XXIème SIÈCLE I

Vol 10 2006 -- LA PSYCHOTHÉRAPIE AU XXIème SIÈCLE I

Dans la lignée de notre cycle de conférences actuellement en cours, « La psychothérapie au XXIème siècle », nous avons décidé de centrer nos prochaines revues sur le thème des psychothérapies d’aujourd’hui. Ce sera également l’occasion de vous présenter le travail en psychothérapie psychanalytique à médiations de quelques thérapeutes qui se sont penchés sur des problématiques bien spécifiques de la clinique de patients adultes.

Dans son article sur la dépression post-partum, Corinne Gere, gynécologue et psychothérapeute membre de notre école, aborde avec finesse la problématique des mères qui sombrent dans un état dépressif après la naissance de leur enfant.
Difficile de résumer un texte aussi dense, qui reprend les différents processus psychiques menant à ce paradoxe d’une heureuse naissance source de tant de tristesse et de désespoir !
Explorant les aléas de ces cheminements singuliers, déchiffrant notamment les chemins imprévisibles des transmissions mère-fille, elle examine tous ces doutes qui assaillent la future mère, sa culpabilité, son ambivalence, ses deuils, ses conflits intrapsychiques, ses manques, etc.
Les cas cliniques qu’elle présente et la manière dont elle aide ces jeunes femmes à sortir de leur état dépressif témoignent de l’ampleur et de la difficulté de la tâche ainsi que de sa lucide compréhension des processus à l’œuvre.
Avec grande simplicité, elle s’autorise aussi un certain dévoilement personnel, nous communiquant ses propres incertitudes, ses questionnements et les impasses dans lesquelles elle s’est retrouvée, pour nous faire mieux percevoir la cruelle ambivalence qui déchire ses patientes.
Histoire à suivre, et à poursuivre, assurément.

Marie Liebert, membre également de Psycorps, nous présente ici une vision très sensible du traitement des conduites addictives. À partir de l’histoire d’un cas clinique qu’elle développe largement, elle nous fait partager sa conception du suivi de l’alcoolisme, dont on sait à quel point il s’agit d’un exercice difficile et périlleux.
Loin des approches classiques comportementales ou rééducatives — voire même parfois autoritaires ou dictatoriales — elle nous montre non seulement combien l’instauration d’une forte relation duelle permet l’ancrage d’un lien d’attachement solide, mais surtout comment y parvenir, ce qui pose habituellement le plus de difficultés…
En un patient apprivoisement, elle tisse sa toile soutenante et enveloppante pour réchauffer et nourrir celle qui a si soif… de présence et d’authenticité, sans pour autant se laisser piéger dans les méandres sournois des manipulations perverses, coutumières de ce type de pathologie.

Le style poétique qu’elle donne à son texte est par ailleurs une métaphore subtile de sa stratégie d’approche : des petites touches discrètes qui, pas à pas, amènent la patiente à pouvoir enfin se déposer dans un espace où elle se sent contenue. En plus de la découverte d’un cas clinique passionnant, nous pouvons savourer tout le plaisir d’un récit où, mieux qu’aucun développement intellectuel, la poésie trouve les mots justes pour retracer la tragédie de l’enfer alcoolique, ainsi que la voie de sa Rédemption. Ne nous en privons pas !   Pour ma part, je suis heureux de pouvoir vous faire découvrir un psychanalyste étonnant qui, bien que solidement implanté dans la Société Internationale de Psychanalyse, a l’audace de réélaborer complètement, tout en maintenant une continuité avec Freud et Bion, les concepts de base de la psychanalyse.

Avec Antonino Ferro, c’est donc bien à un psychanalyste d’aujourd’hui que nous avons affaire, à un véritable thérapeute qui décape et révolutionne la psychanalyse classique en élaborant une quasi nouvelle topique, celle de la narrativité en séance, celle de la relation comme média central, celle de l’inventivité et de la spontanéité au service du patient.
Après avoir exposé son modèle d’écoute, qu’on pourrait appeler « modèle d’interrelation émotionnelle du couple analytique », je développerai certains points plus théoriques, comme l’utilisation des concepts d’identification projective et de champ analytique tels qu’il les conçoit, le principe d’interprétation non saturée, le travail du rêve, et surtout l’importance de la rencontre émotionnelle avec le patient.
L’attention portée par Ferro aux micro-transformations en séance – aux micro-processus où se déroulent pour lui les véritables transformations, celles qui sont réellement aidantes pour le patient – sera aussi au cœur de cette présentation.
Un petit appendice sur les problèmes et risques de la psyché au travail méritent certainement un petit détour pour tous ceux qui partagent avec nous cette noble profession de psy.

Enfin, nous inaugurons dans cette revue une nouvelle rubrique « Tribune », où il sera possible de débattre de questions d’actualité.
Le milieu psy ayant été fort secoué ces derniers temps par les oppositions criantes qui se sont manifestées entre différents courants de la psychothérapie – comme en témoignent d’ailleurs les nombreux ouvrages polémiques parus sur le sujet, dont le déplorable « Livre noir de la psychanalyse » – nous avons jugé opportun de reprendre dans cette rubrique quelques réflexions plus centrées sur l’aspect sociétal de la souffrance humaine.

Francis Martens, psychanalyste, anthropologue et chroniqueur régulier de quelques grands titres de la presse francophone, s’est interrogé avec perspicacité sur les raisons de ces malaises, et principalement dans son article « Santé mentale, santé sociale : Y-a-t-il un gène du chômage ? », où il interpelle le monde politique sur les questions d’objectivité et d’évaluation de la santé mentale. « Allez donc démontrer l’amour de Jean pour Jeannette… Allez prouver que le quintette avec clarinette de Mozart, Koechel 581, est un pur chef-d’œuvre … Impossible bien sûr – bien que là soient nos raisons de vivre. Toute pratique issue d’une théorie incapable de prendre en compte nos raisons de vivre peut nuire gravement à la santé. »
Par ailleurs, dans son article « Psychanalystes sur le divan du politique : questions de mots, questions de sens, questions d’intelligibilité », il explore avec humour et érudition le fossé qui sépare la langue – souvent de bois, il faut le reconnaître – de certains psychanalystes, et le discours pragmatique des politiques, relayant l’homme de la rue. Le tout suivi d’une annexe étonnante sur l’étymologie du mot « thérapeute ».

Suit un texte de Brigitte Dohmen, qui lutte depuis plusieurs années pour la juste reconnaissance des psychothérapeutes, et qui nous livre ici un état provisoire de la question aujourd’hui.

Bonne lecture,

Jacques Van Wynsberghe



 

ÉDITORIAUX


Copyright © 2017 PSYCORPS. place Morichar, 12 -- B-1060 Bruxelles -- BELGIQUE.
MEMBRE DE LA FÉDÉRATION FRANCOPHONE BELGE DE PSYCHOTHÉRAPIE PSYCHANALYTIQUE