ACCUEIL LA REVUE Éditoriaux Vol 7 n°2 2002 -- LE CADRE ET SES AMÉNAGEMENTS I

Vol 7 n°2 2002 -- LE CADRE ET SES AMÉNAGEMENTS I

Ce que l’on appelle « cadre analytique » procède d’un corpus de connaissances qui s’est constitué à partir de la pratique, mais aussi des impératifs personnels que Freud avait peu à peu structurés comme les plus à même de permettre le déroulement de la thérapie psychanalytique.

Etant donné l’étonnante diversité des troubles psychopathologiques engendrés par notre époque pour le moins chaotique, un assouplissement du cadre auparavant rigoureux de la psychanalyse s’est avéré indispensable à l’écoute de ces nouvelles « maladies de l’âme », comme les nomme si bien Julia Kristeva.

Antonino Ferro par exemple, dans la continuité de Winnicott et de Bion, a réinterprété la question du cadre dans une perspective réactualisée :

« Le Setting (ou cadre) définit les règles qui doivent être respectées afin qu’il soit possible de jouer le jeu, ce jeu-là (l’analyse) et non un autre »… « Dans une certaine mesure, il est légitime que le patient essaie de jouer son propre jeu et il revient à l’analyste de le signaler et de rétablir les règles d’un jeu partageable. Le Setting, de toute façon, s’il veut permettre les opérations transformatrices, ne peut être qu’un contenant capable d’élasticité et d’absorption. »

C’est bien dans cette optique que nous avons réuni, pour cette nouvelle cuvée d’automne, des articles d’auteurs issus de différentes écoles et courants de la psychanalyse d’aujourd’hui, tous centrés autour de la question du cadre et de ses aménagements.

L’article de Suzanne Ferrières-Pestureau , qui nous vient de Paris et dont les études sur l’art et la littérature sont bien connues des initiés, mérite une attention soutenue car, bien qu’assez difficile d’accès, son texte s’avère riche d’enseignements pour la cure de personnalités particulièrement difficiles.

Le cas clinique qu’elle nous présente nous permet de découvrir toutes les arcanes de l’analyse extrêmement éprouvante d’une organisation psychique de type narcissique avec une prédominance de défenses schizoïdes-paranoïdes, en proie à des déferlements de haine meurtrière et vengeresse, matricide, dont l’analyste fait d’ailleurs péniblement les frais.

Pour ce qui est de l’aménagement du cadre, il s’agira ici, avant de tenter toute forme d’élaboration psychanalytique, de construire ce cadre lui-même, c’est à dire « d’ouvrir un lieu et un temps pour une rencontre » . Cette fonction de pare-excitation de l’analyste sera utilisée dans un premier temps par le patient comme « un cadre modulable et vivant, à la fois suffisamment contenant et suffisamment stable, pour lui permettre de réengager au niveau psychique la construction d’un intérieur apte à accueillir les relations avec les objets perdus comme une expérience nécessaire à l’avènement d’un sujet désirant, c’est-à-dire séparé de ses objets primaires. »

Bien qu’ayant quelques réserves quant à l’adéquation d’un engagement aussi radical de l’analyste dans ce que d’aucuns pourraient considérer comme une analyse sans fin, je rends hommage à l’auteur pour ce travail de décryptage dont j’ai déjà pu mesurer à maintes reprises toute la pertinence.

Anouk Flausch témoigne elle d’une pratique assez différente puisqu’elle s’intéresse plus précisément aux malades cancéreux , parfois en phase terminale. Là également, un certain aménagement du setting tombe sous le sens : comment en effet intégrer les multiples traitements et hospitalisations au déroulement cohérent de la cure ? Pas en restant sagement coincé dans son fauteuil d’analyste…

L’auteur cherche à arpenter cette ligne de crête où elle maintiendra son écoute analytique tout en ne se laissant pas glisser d’un objet de transfert à un objet réel de fusion. Rude labeur que le sien, « Etre et rester le garant d’une réalité psychique parfois insoutenable…Permettre à ces hommes et à ces femmes, en supportant avec eux l’inconnu de l’avenir, de rester vivants psychiquement, jusqu’à ce que l’inéluctable arrive… »

Madame Flausch nous livre avec lucidité tous ses questionnements, ses atermoiements, ses propres angoisses et nous dévoile ainsi avec authenticité l’univers douloureux de ce couple analytique auquel la mort viendra souvent mettre un point final. Nous sommes loin des certitudes académiques, et si proches de l’humain. Quelle impérieuse invitation à la modestie !

Le Docteur Philippe Hennaux, à partir de son expérience-limite dans une communauté thérapeutique de jour avec des patients à la fois psychotiques et toxicomanes, nous livre ses réflexions toutes personnelles sur la distinction entre la Loi, la Norme et la Règle, qu’à son avis l’on a tendance à trop souvent confondre.

Après un survol historique du concept de communauté thérapeutique, il nous expose plus précisément le cadre de l’institution dans laquelle il exerce sa pratique, ainsi que les développements théoriques et les options thérapeutiques qui s’y sont faits jour. Il expose alors plus en détails la question de la Norme et des Règles, tout en les différenciant, pour s’étendre ensuite plus spécifiquement sur leur usage dans l’institution ; il en donne quelques caractéristiques, ainsi que leur utilité.

J’avoue ne pas toujours le suivre dans tous ses développements, les aménagements du cadre faisant la part belle à la plus grande subjectivité, mais le type de population auquel il est confronté explique assurément les choix envisagés.

Avec Brigitte Dohmen enfin, nous avons droit à une véritable revue de la littérature Winnicottienne, qui reprend non seulement les éléments biographiques de ce dernier, mais également toute la subtilité de ses élaborations théoriques. L’on comprend mieux tout le cheminement qui a conduit Donald Woods Winnicott à développer, entre autres, des notions aussi fondamentales que la préoccupation maternelle primaire, le holding, le handling, l’object presenting et surtout, ce qui nous occupe ici plus précisément, le setting.

La théorie, impossible à résumer ici tant elle est vaste, est émaillée d’exemples concrets très évocateurs où Brigitte Dohmen nous livre avec grande simplicité et authenticité sa propre vision du travail thérapeutique et des aménagements du cadre que cela implique. C’est également une remarquable illustration de l’approche analytique à médiation corporelle telle que nous la pratiquons dans notre école de pensée.

Puissent ces articles passionnants nourrir votre pratique comme ils ont enrichi la mienne, et vous ouvrir de nouveaux horizons.

Bonne lecture ....

Jacques Van Wynsberghe



 

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