ACCUEIL LA REVUE Éditoriaux Vol 7 n°1 2002 -- LA SEXUALITÉ SELON DIFFÉRENTS POINTS DE VUE

Vol 7 n°1 2002 -- LA SEXUALITÉ SELON DIFFÉRENTS POINTS DE VUE

Notre revue de printemps s’inscrit directement dans la lignée de notre dernière journée d’étude, dont le thème un brin provocateur était « Les psychanalystes ont-ils un sexe ? »

Ce numéro-ci s’intéresse plus précisément à la sexualité, et cela selon différents points de vue. Trois auteur(e)s féminin(e)s se penchent sur la sexualité féminine, telle que la théorisent des psychanalystes-femmes, et telle qu’elle peut être vécue par des femmes devenues mères ; une interrogation sur le « désir d’enfant », comme en point d’orgue, vient tout naturellement clôturer cette question. Pour la femme, à défaut d’être indissociables, sexualité et maternité semblent en tout cas bien étroitement liées…

Le dernier texte aborde un tout autre horizon, bien d’actualité en ces temps obscurcis par la montée des extrémismes dans le monde, puisqu’il explore les mécanismes complexes et inquiétants dont il est fait usage dans les relations perverses. J’ose espérer qu’il ne s’agit pas là du contrepoint masculin de la sexualité !

Régina Goldfarb, que nous saluons au passage comme nouvelle présidente de Psycorps, aborde en premier lieu toute la question du regard des femmes-psychanalystes sur la sexualité féminine, et nous assistons avec elle à un brillant panorama de l’histoire de la psychanalyse, vue sous l’angle de la pensée féminine.

Elle nous rappelle d’abord des points essentiels du développement psychosexuel tel que théorisé par Freud, et notamment l’hypothèse d’un monisme sexuel : n’existe au départ qu’un seul sexe, le sexe masculin, qu’on a ou qu’on n’a pas. L’on comprend que, pour le fondateur de la psychanalyse, les femmes soient toujours restées un « continent noir  »… A elles donc d’en sonder les rivages ; c’est ce que feront Hélène Deutch, Karen Horney et Mélanie Klein.

Régina Goldfarb nous en dresse un tableau vivant, montrant combien l’élaboration théorique vient s’inscrire dans un parcours de vie particulier, parfois édifiant.

Hélène Deutch ouvre la voie. Pour elle, « seule une femme peut comprendre une femme », et elle publiera le premier livre d’une psychanalyste consacré à la psychologie féminine. Se situant dans la ligne de pensée de Freud, elle se centre comme lui sur le complexe de castration, « base de toute discussion de la féminité » et, à propos du sexe de la femme, elle parlera même de la « réalité de son handicap physique »! Tout est cependant analysé en détail, de la défloration à la ménopause et elle sera le précurseur des théories actuelles sur l'origine psychique des troubles gynécologiques. Elle insistera aussi sur le rôle fondamental de la mère dans le « devenir femme et mère de sa fille ». Et pourtant, bien que femme extrêmement originale ( je vous laisse la surprise de découvrir en quoi…), elle n’a jamais osé affirmer face au Maître les développements théoriques qu’elle laissait cependant entrevoir.

Karen Horney, elle, entreprit d’élaborer son propre système de pensée, et cela en toute indépendance. Elle sera la première femme à oser critiquer ouvertement certaines hypothèses de Freud, jetant ainsi un éclairage neuf, voire révolutionnaire, sur la théorie classique : elle réfutera le monisme sexuel masculin. Pour elle, l’envie de pénis est secondaire ; la fille est d’abord et dès le début féminine. Karen Horney sera mise à l’écart de la Société de Psychanalyse…

Mélanie Klein, enfin, « ouvrira l’investigation des psychanalystes aux relations précoces de l’enfant avec ses images parentales ». Elle attirera l’attention sur l’existence d’un monde interne chez le nourrisson dès les premiers mois de la vie, et sur le rôle essentiel de la relation avec la mère. De plus, pour Mélanie Klein, « ce n’est pas la peur de la castration qui conduit l’enfant à renoncer à ses désirs oedipiens, mais bien l’amour pour les parents et la peur de les détruire ». Nous voilà, à mon sens, dans une pensée toute féminine ; à vous d’en juger à la lecture de cette précieuse contribution.

Catherine Bergeret-Amselek nous vient de Paris ; elle a publié Le mystère des mères, chez Desclée de Brouwer, et elle était donc toute indiquée pour nous faire partager ses réflexions sur les « vissicitudes de la sexualité à la maternalité ».

Elle nous montre dans son article aux accents parfois passionnés comment la sexualité féminine se transforme et s’exprime dans un « registre autre que purement génital quand une femme se lance dans la maternité ». Elle y fait le lien entre la demande sexuelle et une demande bien plus archaïque de confirmation existentielle, et décrit la sexualité des femmes en « maternalité » comme une sexualité « à la fois prégénitale et génitale, infiniment exacerbée, orale, (…) où toutes les pulsions du tout-petit en nous par rapport au sein de notre mère et à son corps tout entier sont mises à jour ». Elle y parle de voracité sexuelle, de fusion cosmique, d’orgasmes violents et infiniment voluptueux… Tout un programme !

Elle précise qu’à l’occasion de la « crise de la maternalité » s’entrouvrent des portes : « c’est la crypte des mères qui s’ouvre. » Lorsque la femme devient mère, elle sera aux prises avec un bouleversement psychique, corporel et biologique intense, comportant des états originaires infiniment effractants, susceptibles de faire vaciller son identité profonde : la maternalité propulse ainsi au cœur de la question de la vie et de la mort. Dans ce déferlement pulsionnel, il y aura remaniement libidinal, et l’intense circulation affective à l’occasion de la suite de renoncements et de deuils à intégrer permettra d’effectuer cette bascule des générations.

Brigitte Dohmen, que nous remercions chaleureusement pour l’immense travail réalisé durant toutes ces années en tant que présidente de notre association, poursuit avec son remarquable article sur le désir d’enfant l’ensemble de ses réflexions autour de la naissance. Question large et complexe, épineuse s’il en est, souvent débattue, mais ici finement analysée et synthétisée en un texte que nous vous invitons chaudement à découvrir.

Qu’est ce désir, d’où provient-il, que représente-t-il ? « Il s’origine dans notre histoire personnelle et dans celle de l’humanité », nous dit l’auteur, qui en développe les aspects plus inconscients, les reliant notamment aux désirs infantiles non réalisés ainsi qu’aux registres narcissiques et oedipiens.

Toute la problématique de l’infertilité, avec les obstacles inconscients à la fécondité, ainsi que l’attitude parfois toute-puissante de la médecine sont également abordés.

Maurice Hurni et Giovanna Stoll, enfin, nous viennent eux de Suisse, et se sont surtout fait connaître par leur incontournable ouvrage La Haine de l’amour, paru chez L’Harmattan en 1996.

Les auteurs nous introduisent à un monde à la fois proche et dérangeant, que nous cotoyons souvent sans le savoir : celui de la perversion relationnelle. Au départ sexologues et thérapeutes de couple, c’est à partir de ce lieu qu’ils organisent leur pensée ; mais ne sommes-nous pas tous confrontés, de près ou de loin, à des couples ou à des familles ?

La relation perverse à l’intérieur du couple illustre en tout cas de manière lumineuse ces rapports de destructivité, de déni et de falsification qui caractérisent la relation perverse narcissique. Comme le dit Racamier, « On ne sort ni heureux ni grandi d’une telle lecture, car la perversion soulève effroi et répulsion »; mais nous avons enfin les moyens d’y voir un peu plus clair : l’article a en effet l’intérêt de nous montrer et de nous faire entendre la face cachée de ces relations, qui se conjugent sur le mode de la perversion et de l’abus. Les auteurs nous entraînent dans la clinique de l’incestuel et dans les méandres de ses développements théoriques : la paradoxalité, la tension intersubjective perverse, les expulsions psychiques et les incestualités etc.

Tout ceci ne les empêche pas de terminer sur une note positive, en nous contant l’histoire du romancier Jules Renard, dont la vie illustre bien « les incroyables ressources dont dispose la nature humaine pour faire face aux obstacles de toutes sortes qui l’entravent dans son développement ». Bel exemple de résilience !

C’est sur ce final optimiste que je clôturerai cet éditorial, en espérant que vous trouverez à la lecture de ces différents articles tout l’enrichissement et tout le plaisir que nous y avons nous-mêmes rencontrés.

Bonne lecture…

Jacques Van Wynsberghe









 

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