ACCUEIL LA REVUE Éditoriaux Vol 6 n°1 2001 -- L'ARCHAÏQUE AU CŒUR DU CORPS II

Vol 6 n°1 2001 -- L'ARCHAÏQUE AU CŒUR DU CORPS II

Voici notre second numéro consacré à l’archaïque au cœur du corps.

Dans un premier article, Danièle Deschamps nous parle du travail psychothérapeutique avec des patients très abîmés : patients ayant connu la torture, patients psychotiques, patients en état de choc ou encore patients cancéreux. Certains de ceux-ci n’arrivent plus à produire une pensée vivifiante. Tout est figé : corps, émotion et pensée. Ils restent souvent dans un fonctionnement schizo-paranoïde sans avoir accès à la sollicitude envers eux-mêmes notamment. Il s’agira avec eux de créer « une clinique du transfert » ou, pour reprendre l’expression de Gisela Pankow, de faire des « greffes de transfert ». Ce travail nécessite un réel engagement du thérapeute, la neutralité bienveillante n’est ici plus de mise. Le thérapeute doit être engagé, actif, présent avec son corps, ses affects et sa pensée parce que « cette retrouvaille de l’archaïque en soi ne peut se faire qu’à deux ». Dans les situations de patients torturés, « le thérapeute reconstruit une pensée et met en mots non seulement ce que le patient a vécu, mais également ses propres pensées de thérapeute sur les tortionnaires et sur le patient. » Le thérapeute doit pouvoir penser l’horreur traversée par celui-ci, tout en restant présent et contenant. Le patient doit faire l’expérience de quelque chose de différent de ce qu’il a vécu précédemment. Alors surgit une pensée nouvelle, à travers les rêves souvent au départ. Les rêves archaïques, représentant le corps chosifié voire détruit, évoluent vers une « image corporelle nouvelle » « greffée sur l’image inconsciente de notre corps d’analyste ou de thérapeute, c’est-à-dire le plus intime de notre être et ce que nous acceptons d’y engager dans le transfert ».

Jeannine Delgouffre aborde ensuite son travail de psychothérapeute d’enfant qu’elle nous présente à travers plusieurs vignettes cliniques. Chez eux aussi, le faible développement de l’organisation mentale rend difficile la formulation de leurs problèmes. Il faut les aider à développer des « contenants de pensée » entre autres à partir des éprouvés du corps, des expériences psychomotrices en lien avec le thérapeute. « La mise en jeu du corps dans le cadre d’une relation thérapeutique, c’est-à-dire à travers un dispositif mobilisateur des investissements pulsionnels et de la compréhension de leur dynamique, contribue à canaliser les tensions inscrites dans le corps et à les transférer à travers les schémas perceptivo-moteurs au plan représentatif. » Le jeu aussi aide l’enfant à canaliser son excitation et à vivre des expériences nouvelles de satisfaction qui viennent se substituer à ces vécus douloureux. Souvent l’enfant y manifestera ceux-ci tout en faisant l’expérience de la fiabilité de l’analyste et de sa capacité à être un « médium malléable » selon l’expression de Roussillon. « Cette plasticité de l’objet, modelable mais inchangé dans son intégrité, invite à vérifier ses capacités transformatrices dans un contexte d’indestructibilité ». Cependant, comme le dit Anzieu, le toucher n’est fondateur que si on passe, à un moment, au non-toucher. Il faudra dès lors passer du corps à la représentation en prenant appui sur le visuel et sur l’image. L’enfant passera progressivement du geste au dessin pour continuer à développer son processus de mentalisation. Il ira ensuite vers les mots et n’aura plus besoin du geste pour « toucher » son thérapeute. Tout ce processus ne peut évoluer que grâce au transfert et à la « présence-absence » de l’analyste.

Régina Goldfarb nous entretient au sujet du transfert. Elle commence par un historique des techniques qui ont amené à prendre progressivement en compte le transfert. Mais c’est à Freud qu’on doit de l’avoir théorisé. Ferenczi a ensuite mis l’accent sur le contre-transfert et Reich sur le travail des résistances. Ces derniers prennent en compte le contenu non verbal de la séance, traçant la voie de la psychothérapie analytique à médiation corporelle pour qui le décodage à faire concerne « les dires du patient mais aussi ses signes corporels ». Le corps a sa place, il fait partie du Sujet, de ses moyens d’expression. L’agir aussi est reconnu et interprété, qu’il soit passage à l’acte ou passage par l’acte. Cependant, le transfert reste le centre de toute approche analytique. C’est une polyphonie, nous dit Régina Goldfarb, « avec de nombreuses voix inconscientes ». Il est aussi et avant tout répétition à saisir et à comprendre. Le transfert se joue à deux et a donc sa contrepartie, le contre-transfert qui, s’il est la part inconsciente de l’analyste, est aussi sa « résonance » au transfert du patient. Le transfert se double aussi de la « relation thérapeutique », plus actuelle. Cette relation « existentielle » implique de trouver la présence juste pour le thérapeute et pour le patient, et d’être attentif à décoder son contre-transfert tout autant que le transfert du patient. Cependant, il ne faut pas oublier que la relation analytique, si elle est imprégnée de réalité, est aussi tout à fait colorée par le transfert.

Brigitte Dohmen présente enfin comment un travail corporel peut aider un enfant autiste à progresser dans la constitution de son Moi. Les enfants autistes n’investissent généralement pas le langage ni un certain nombre de fonctions corporelles. Or le Moi se constitue à partir du corps et de ses sensations, dans le cadre d’une relation d’échanges corporels et affectifs avec la mère. Cette relation ne commence pas à la naissance mais à la fécondation. Brigitte Dohmen émet l’hypothèse de l’existence d’un embryon du Moi in utero. Ce faisant, elle rejoint Bernard Durey qui parle d’une structuration fondamentale qui commence à la conception pour s’achever au stade du miroir. Le corps est le lieu d’une inscription et toute perturbation à ce niveau rendra l’accès au symbolique difficile voire impossible, nous dit-il. Brigitte Dohmen propose dès lors de revenir à cette relation première in utero avec la mère faite d’affectivité et de sensorialité. Elle nous propose une situation clinique où elle a utilisé le massage comme moyen de communication avec une enfant autiste. Son projet était de « lui donner, à travers le massage, la sensation de son corps, de lui développer une peau qui la délimite, qui lui permette de se différencier et de naître sur le plan symbolique, c’est-à-dire d’accéder au langage. »

Bonne lecture...

Brigitte Dohmen



 

ÉDITORIAUX


Copyright © 2017 PSYCORPS. place Morichar, 12 -- B-1060 Bruxelles -- BELGIQUE.
MEMBRE DE LA FÉDÉRATION FRANCOPHONE BELGE DE PSYCHOTHÉRAPIE PSYCHANALYTIQUE