ACCUEIL LA REVUE Éditoriaux Vol 4 n°1 1999 -- QUAND L'ASSOCIATION LIBRE FAIT DÉFAUT

Vol 4 n°1 1999 -- QUAND L'ASSOCIATION LIBRE FAIT DÉFAUT

Ce numéro est consacré plus particulièrement à des médiations qui peuvent être utilisées dans le travail analytique quand l’association libre ne suffit pas.

Sander Kirsch nous présente tout d’abord une nouvelle catégorie diagnostique qu’il a développée : l’état de choc figé. Quand une personne vit une situation de choc, quelque soit son âge, elle passera par différentes étapes pour l’intégrer : l’impact, le recul et le rétablissement. Si ce processus n’a pas pu se faire pour une raison ou l’autre, la personne reste en choc chronique. Toute sa structuration psychique s’organise désormais autour des défenses contre le choc. Celles-ci sont à la fois psychologiques mais aussi et surtout physiologiques. A notre époque, un certain nombre de patients et de thérapeutes sont en réalité des personnes en choc figé. Sander Kirsch nous donne des clés diagnostiques corporelles et psychiques pour repérer un choc figé. Les expériences de la vie qui provoquent un état de choc sont les traumatismes physiques et les maladies, les traumatismes émotionnels et les stress de la vie. Il nous en décrit un certain nombre. L’établissement du diagnostic est important parce que, nous dit-il, l’abord thérapeutique est différent quand il y a un choc figé. Pour arriver à le repérer, le thérapeute doit procéder à une anamnèse directive et Sander Kirsch nous propose d’établir avec le patient une « ligne de vie ». C’est la structure de la répétition plus que son contenu qui est indicatrice de ce diagnostic. Dans le travail thérapeutique aussi, le thérapeute sera plus actif qu’à l’ordinaire. L’établissement d’une alliance de travail est indispensable et l’analyse du transfert ne pourra se faire que beaucoup plus tardivement dans le travail thérapeutique. Le thérapeute devra prendre comme allier le moi-observateur rationnel du patient. Il devra faire face à des réactions contre-transférentielles intenses et accepter d’être « l’ennemi ». Toute la difficulté du travail est d’arriver à vaincre le déni du patient sans le faire rentrer en choc. Sander Kirsch aborde enfin des techniques pouvant aider ou au contraire figer le travail thérapeutique avec ce type de problématique.

Raymonde Berte nous propose le travail de groupe comme apport différent de celui de l’analyse individuelle. Elle nous présente l’évaluation qu’elle a faite d’un groupe thérapeutique au long cours dans lequel elle était « participante réfléchissant et analysant ». Ce groupe thérapeutique a commencé dans les années septante et est parti d’une approche assez directive et confrontante, intégrant différentes techniques psycho-corporelles mêlant l’humanisme californien aux philosophies orientales pour s’orienter progressivement vers un travail plus analytique d’orientation kleinienne. Celle-ci lui paraît très compatible avec le travail corporel parce que s’intéressant à la relation préverbale, aux émotions, au toucher, aux enveloppes psychiques, etc. Il s’agit d’un groupe continu se réunissant régulièrement avec un animateur analyste. Il n’y a pas de contact entre les participants en dehors du groupe. Le cadre est donc bien défini. Il n’y a pas de durée préétablie à la participation de chacun dans le groupe. C’est laissé à l’appréciation de chacun. Mais il semble qu’un grand nombre d’entre eux ne le quitte pas. Tout ce qui se passe lors du groupe, y compris les activités du quotidien, est susceptible d’être repris, travaillé, analysé dans celui-ci. Raymonde Berte relève que le groupe offre un cadre qui permet des « régressions très profondes réveillant des blessures précoces » non révélées par l’analyse classique. Le groupe permet la confrontation avec une diversité d’expériences et d’histoires qui aident à la mise en évidence de certains éléments de son passé et à la prise de conscience de celui-ci. Raymonde Berte a tenté un travail d’évaluation de cette expérience en définissant un certain nombre d’items et en se basant sur l’interview des participants et de l’animateur. Ceux-ci rapportent que le groupe les a aidés pour un certain nombre d’items sans pour autant répondre à des attentes idéalisées. Un des items les plus probants est la santé, un des moins est la sexualité.

Monique Tiberghien aborde la technique du rêve éveillé comme une médiation intéressante pour favoriser l’évolution psychothérapeutique. Tout rêve peut être interprété de façons différentes et notamment comme un « intermédiaire entre la parole et le corps ». Dans ce travail, les images obtenues dans la séance, qu’elles soient nocturnes ou diurnes, sont « explorées dans leur impact corporel et émotionnel puis reliées à la symbolique ». Le rêve éveillé favorise la création d’images nouvelles qui relancent le processus d’évolution. Monique Tiberghien décrit ce processus selon trois axes. Tout travail sur le rêve peut être vu comme une vague avec ses mouvements de sac et de ressac : après un temps d’immobilisme ou de résistance, la vague se met en mouvement et monte jusqu'à un point de créativité, de dynamique nouvelle, puis elle se retire pour laisser un temps d’intégration de ce qui vient de se produire. Elle arrive alors à un point frontière, état particulier de présence à soi-même. Ensuite une autre vague peut démarrer. Le second axe part du connu pour évoluer vers l’inconnu, la spontanéité, l’éveil de la capacité de rêver. Pour pouvoir se laisser aller, il est utile d’avoir un « lieu de rêve », une image protectrice qui « servira de paravent pour les excitations trop grandes » . L’inconnu est annoncé dans le rêve par un « franchissement de seuil » qu’il est important de pouvoir reconnaître. Le troisième axe concerne plus particulièrement les rêves qui parlent de traumas. Dans ce travail, les personnes qui ont vécu des traumas les représentent successivement, au fur et à mesure de leur évolution, par des images minérales d’abord, végétales ensuite, puis animales, pour aboutir enfin à une représentation humaine de leur trauma. Monique Tiberghien a éclairé notre compréhension de ce travail en l’illustrant par de nombreuses vignettes cliniques.

Marie Romanens et Jean-Michel Desmarais nous parlent ensuite de l’utilisation du mythe du héros comme une métaphore du travail psychothérapeutique. « Le héros est une dimension intérieure essentielle. » Joseph Campbell a décrit la structure du mythe du héros. Celui-ci représente le processus évolutif de la personne qui cherche à développer sa personnalité, qui n’évite pas les remises en question pour arriver à un changement créatif et productif dans sa vie. Campbell reprend les étapes successives par lesquelles passe le héros dans son voyage initiatique : il y a un appel au changement qui devra être répété, puis le rencontre avec les différents niveaux de résistances. Chemin faisant le héros découvre aussi des supports qui l’aideront dans ce processus. A un moment, il a franchi un point de non-retour et rencontrera alors ses résistances les plus fortes. Il doit mourir à ce qu’il était pour renaître à quelque chose de nouveau. Sa transformation accomplie, il lui faut encore l’intégrer dans sa vie intérieure. Ce mythe du héros représente à la fois le mouvement de la vie et tout processus d’évolution.

Brigitte Dohmen aborde enfin le thème de la peau et du toucher en tant qu’instrument de structuration du psychisme. Elle aborde d’abord la place du toucher dans notre culture. Bien que ce soit l’organe des sens le plus précoce et le plus important pour la survie, il est marqué par un tabou lié, selon elle, au fait que nous ayons été peu ou mal touchés dans notre enfance. Elle envisage ensuite le point de vue de différentes théories concernant ce sujet et tout d’abord la position de Freud. Pour celui-ci, le Moi se construit à partir des sensations corporelles mais, dans sa pratique, il met le toucher à distance pour s’en protéger. M. Klein innove en se penchant sur les aspects archaïques chez le nourrisson et en mettant l’accent sur la relation précoce au corps de la mère. Winnicott décrit le processus de développement psychique du nourrisson à l’intérieur de la relation affective avec la mère qui lui sert de système pare-excitation. E. Bick met l’accent sur l’importance de la peau chez le nourrisson. Le bébé vit des angoisses d’écoulement et doit être contenu par une peau extérieure à lui (la mère). Il intériorise cette fonction contenante de la mère et développe la conscience de sa propre peau. Bion étudie le développement des processus de pensée chez le bébé et met l’accent sur le rôle de l’émotion. Sa théorisation s’articule autour d’une fonction contenant-contenu représentée par la mère et intériorisée par le bébé ensuite. Anzieu envisage le Moi sous forme de Moi-peau, ayant une structure d’enveloppe. Il étudie le processus de constitution du Moi-peau et ses fonctions. Il accorde une importance très grande à l’interdit du toucher que ce soit dans le développement de l’enfant et dans la cure analytique. G. Haag se penche sur l’élaboration du Moi corporel de l’enfant, de même que R. Sandri. Brigitte Dohmen déduit de ces théories des éléments qui donnent une justification à l’utilisation du toucher dans la thérapie de type analytique.

Brigitte Dohmen


 

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