ACCUEIL LA REVUE Éditoriaux Vol 3 n°1 1998 -- TRANSFERT ET CONTRE-TRANSFERT DANS L'APPROCHE AU CORPS

Vol 3 n°1 1998 -- TRANSFERT ET CONTRE-TRANSFERT DANS L'APPROCHE AU CORPS

Notre revue commence par un article de Bernard Durey qui y décrit les hypothèses et la pratique qu’il a développées suite à son travail avec les enfants autistes. Face à des sujets-potentiels ou à des présumés-sujets, le thérapeute est démuni avec les moyens classiques de l’analyse. Bernard Durey a dû inventer pour s’adapter aux besoins de ces sujets en devenir. Il s’est alors «  posé la question du corps comme contenant fondamental, lieu de la marque et de la trace, lieu « d’écriture primordiale », base du « psychisme à naître » et de « penser ». » Il postule que quelque chose ne s’est pas passé entre la mère et le foetus créant une absence de marque, absence de toute trace d’expérience. L’écriture corporelle ne s’est pas faite, barrant l’accès à la parole et au sens. Il a alors postulé la médiation corporelle comme indispensable, « par où le corps du présumé-sujet serait pris entre le toucher vivifiant, reconnaissance de réalité vivante et le touchant à la fois par la qualité du geste et de la parole de l’intervenant, l’un et l’autre chargés de « tendresse humanisante ». » Ce travail permet d’ouvrir les sens de l’autiste de façon à ce qu’une marque puisse s’y inscrire. Il permet aussi à des sujets plus structurés d’atteindre des zones plus archaïques du psychisme, moins accessibles par la parole. Il s’agit toujours de « réalisations symboliques » situées comme des moments signifiants qui permettent parfois d’aller vers un travail analytique plus classique ensuite.

Nous avons ensuite un article de Brigitte Dohmen qui aborde la question du contre-transfert. Elle reprend l’historique de cette notion, mise en évidence au départ par Ferenczi. Pour Freud, le contre-transfert est l’équivalent de la résistance chez le patient. Il est donc un obstacle à la cure et à maîtriser à tout prix. Ferenczi, par contre, envisage le contre-transfert comme un outil possible de l’analyste pour autant que celui-ci soit analysé. A leur suite, on trouvera différentes théorisations du contre-transfert qui développeront ces deux tendances. Les polémiques tournent autour de deux axes : le contre-transfert est-il un obstacle ou un outil dans la cure, et doit-il ou pas être communiqué au patient ? B. Dohmen envisage les différents aspects du contre-transfert dont ses aspects corporels. Elle nous montre dans cet article comment elle a appris à décoder son contre-transfert corporel. Elle nous parle de ce qu’elle considère comme les passages à l’acte de ce contre-transfert. Elle aborde ensuite le problème de sa communication au patient et considère que celle-ci peut s’avérer utile dans certaines situations et sous certaines conditions.

Nous avons ensuite le témoignage bouleversant d’une psychothérapeute, Anne Chotteau, qui nous parle de sa traversée du désert et de l’impact qu’elle a eue sur ses patients. Que se passe-t-il quand c’est la thérapeute qui est malade, quand elle est frappée à bout portant par un traumatisme réel qui affecte profondément son corps et son psychisme ? Anne Chotteau, avec pudeur et vérité, nous fait ressentir les souffrances qui ont été les siennes et leurs répercussions sur ses patients. Souffrances du corps, souffrances du psychisme au prise avec la maladie et la mort, souffrances du professionnel qui ne peut plus assumer le cadre qu’il s’était fixé au départ. Thérapeute et patients doivent inventer une nouvelle façon de fonctionner qui respecte l’un et l’autre sans tomber dans la perversion du transfert. Nous voyons comment elle est arrivée à trouver ses propres repères contenants et consolants qui ont permis à elle et ses patients de continuer leur chemin sans se perdre. Et nous éprouvons tous, à la lecture de ce texte, une reconnaissance muette pour « l’homme aux cartes postales ».

Bernard Houssiau est écrivain. Ces « petits matins en clair-obscur » nous présentent ici la réalité d’un autre traumatisme réel vécu au quotidien. Avec pudeur, par petites touches, il nous dévoile le vécu d’une famille autour du handicap de l’enfant avec, pour décor, le carnaval de Bâle.

Madame Wikler-Delhalle est une kinésithérapeute spécialisée dans le travail avec des patients « psychosomatiques ». Pour les aborder, elle a développé une pratique de thérapeute psycho-corporelle qui s’appuie sur de nombreuses recherches et lectures. Son cadre de référence majeur est la théorisation psychanalytique. Elle nous décrit d’abord les outils techniques qu’elle a à sa disposition : massage, relaxation, psychomotricité. Elle nous précise ensuite le cadre et le projet thérapeutique qu’elle met en place avec souplesse et rigueur. Son objectif est d’aider le patient à développer une intégration sensorielle qui renforcera son Moi-corporel et ensuite son Moi. Elle nous exprime les pièges et les difficultés du travail corporel et du travail avec ce type de patients avec lesquels il faut toujours éviter la situation d’impasse et qui nous confrontent souvent à un contre-transfert difficile.

Joël Clerget nous parle enfin de la place que le père peut et devrait prendre par rapport à son bébé. Le père est une présence tierce qui intervient dans la relation duelle mère-bébé, à la fois à un niveau concret, par des gestes et des parles d’homme vis-à-vis de ce bébé, et à un niveau symbolique parce qu’il est présent dans le désir de la mère. « La réalité du papa est articulée au père réel et au père symbolique. A partir du concret de ce qui est vécu (contact corporel avec l’enfant), le père est décliné comme quelqu’un avec qui un enfant est en relation. Un papa est toujours dépassé par la paternité dont il est le passeur et le passant. »

Bonne lecture...

Brigitte Dohmen





 

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